Le projet d’aménagement d’un lotissement rue de Hipsheim dans la commune de Nordhouse a permis la fouille de 8 762 m², constituée par la voierie et ses abords. Si la prescription a permis d’avoir un aperçu des vestiges sur l’ensemble du site, la largeur limitée des surfaces décapées, 20 m au maximum, a restreint les observations et les interprétations, notamment d’ordre spatial. Ainsi malgré toutes les données récoltées et le nombre important de structures fouillées (1084), il est très difficile de comprendre l’organisation des différents noyaux d’occupation, puisque la prescription laisse des espaces vides très importants.
L’occupation protohistorique est difficile à caractériser en raison de la nature erratique des vestiges découverts, mais également du fait des importantes occupations ultérieures. Cependant, les indices protohistoriques découverts plaident en faveur de vestiges d’habitat, dans la mesure où les rares restes céramiques semblent plutôt être de nature détritique et qu’aucun indice funéraire protohistorique n’a été observé lors de la fouille. Ces occupations, de l’extrême fin du Bronze final (Bronze final IIIb) et du Hallstatt D, sont probablement à mettre en relation avec les découvertes réalisées à environ 600 m au nord du site, par prospection pédestre en 1984. Celles-ci, recueillies sur près de 2 ha par É. Hamm et situées au lieu-dit In den Spitzackern, sont constitués d’une abondante collection de tessons datés de la période charnière entre le Bronze final et le premier âge du Fer.
Une occupation antique a été reconnue sur l’ensemble de la prescription de fouille. Plus précisément localisée au nord, autour du chemin 111, et dans le quart sud-est de la prescription, elle semble s’être développée à parti du IIe siècle de notre ère et jusqu’au milieu du IVe siècle. La densité des vestiges est assez faible, mais un peu plus de cinquante structures ont tout de même été observées. Elles se répartissent en trois phases : 15 structures pour la phase 3 (IIe – troisième quart IIIe siècle), 19 structures pour la phase 4 (milieu IIIe – milieu IVe siècle) et 18 structures pour l’Antiquité de façon indéterminée. L’occupation semble se structurer autour du chemin 111. Il est encadré par plusieurs cabanes excavées, des silos, des fosses et un puits. Cependant, si le chemin paraît se poursuivre vers le sud-ouest, le reste des structures se développe plutôt au sud-est, avec également des fonds de cabane, des silos, des fosses et un puits. Même si aucun bâtiment d’habitation n’a été mis au jour, ce site semble être un « habitat groupé », dans lequel se déroulaient des activités agropastorales et artisanales. Malheureusement l’aspect parcellaire et discontinu de la prescription ne permet pas de poursuivre les hypothèses plus loin. En effet, il est difficile de proposer une fonction aux différentes zones : étaient-elles plutôt vouées à l’habitat, l’artisanat ou la production agropastorale ? Aucun élément, qu’il soit matériel ou de localisation, ne permet de répondre à cette question.
Plus de 240 structures sont recensées pour la période médiévale, du VIe au XIIIe siècle. Elles se distribuent sur l’ensemble de la prescription et se répartissent en quatre phases chronologiques (phase 5 (VIe – VIIe siècles), phase 6 (VIIIe – début Xe siècle), phase 7 (milieu Xe – milieu XIIIe siècle), phase 8 (fin XIIIe). Si la période du Haut Moyen Âge n’est pas la plus importante en termes de nombre de structures, elle se situe au nord, à proximité du chemin, et au sud-est de la prescription. Les inhumations commencent à être installées au VIIe siècle et elles se poursuivent jusqu’au Xe siècle. L’ensemble funéraire compte 48 sépultures et 54 défunts. Ses limites n’ayant pas été atteintes, il se poursuivait certainement vers le nord et/ou le sud. Il semble être délimité vers l’ouest par deux fossés, qui se succèdent dans le temps et marquent certainement la limite ouest de l’emprise médiévale. Entre le milieu du Xe siècle et le milieu du XIIIe siècle, l’occupation s’intensifie et les recoupements de structures plus anciennes sont nombreux. Au nord, le chemin continue d’être un pôle attractif pour installer des structures, cependant les installations au sud semblent se déplacer vers l’ouest, comme si la fin de l’utilisation de la zone funéraire permettait de s’en rapprocher, mais sans empiéter sur les inhumations. Au moins deux vastes bâtiments de stockage sont construits, certainement pour renfermer des céréales. Trois puits sont installés, ils permettaient de répondre au besoin en eau des activités agro-pastorales et artisanales. Un fossé d’enceinte semble avoir été creusé à l’ouest de cette zone, il peut avoir été défensif ou servir à marquer dans le paysage la limite foncière de l’occupation. Si le site conserve sa fonction artisanale et agro-pastorale pendant tout le Moyen-Âge, il est difficile de comprendre où logeaient les habitants, puisqu’aucun bâtiment dédié à cet usage n’a été découvert.
Après le XIIIe siècle, l’occupation disparaît et peu de vestiges modernes et contemporains sont recensés. Ils semblent être le résultat d’une activité agricole, qui s’est poursuivie jusqu’au XXIe siècle et les travaux actuels.