Le projet d’aménagements d’une nouvelle zone d’activités, dite EcoRhena, s’étend sur plusieurs communes de la rive gauche du Rhin dont celle de Nambsheim. Les terrains concernés par ce projet se divisent en 7 secteurs répartis en 2 zones : la zone industrielle dit « EcoRhena » de 56,6 ha (secteurs 1,2 et 3) et la zone portuaire à destination de la SEMOP (Société d’Economie Mixte à Objet unique du Port Rhénan) de 25,8 ha (secteur 4, 5, 6 et 7). Sur l’ensemble des secteurs ayant fait l’objet d’un diagnostic archéologique (parfois en plusieurs phases), seul le secteur 3 phases 2 (6,8 ha) a motivé le service régional de l’archéologie d’Alsace à prescrire une fouille archéologique sur une emprise de 5200 m².
Sur l’ensemble de l’emprise de la fouille, une seule structure a pu être mise au jour (fig. 1). Celle-ci correspond à un four de briquetier retrouvé et intégralement décapé lors du diagnostic archéologique de 2023. Ce four d’époque moderne se trouvait entre 30 et 40 cm de profondeur. Cette structure de 8 m de long pour 3,80 m de large, présente une orientation légèrement nord-ouest/sud-est (figs. 2 et 3). Son aire de travail se trouve à l’ouest et la chambre de cuisson à l’est. Il est doté de deux alandiers et prend place dans un creusement réalisé dans un limon verdâtre, cela jusqu’au toit des graviers. Ce four correspond à un four à briques en meule dont la technique se caractérise par plusieurs appellations : cuisson en meule, cuisson en tas, cuisson en plein air, méthode flamande, méthode wallonne, etc. La chambre de cuisson conservait encore une partie de sa production. La majorité des briques encore en place sont crues et correspondent à un module moyen de 28 × 14 × 7 cm. Seuls deux fragments de céramiques se trouvaient dans la chambre de cuisson du four (l’un d’eux retrouvé lors du diagnostic archéologique). Des prélèvements ont été effectués en différents endroits du four dans le but de réaliser des analyses d’archéomagnétisme, de thermoluminescence et carbone 14 (les canaux de chauffes présentant différentes couches de cendre). Ce four n’apparait pas sur les cartes anciennes du XVIIIe siècle et pourrait être daté par l’étude céramologique du XVIe siècle.
La fouille devait permettre de savoir si cette structure s’inscrivait dans un site de production avec une zone d’extraction et de préparation de l’argile, de cuisson, de séchage, et possiblement de chargement en lien avec le Rhin situé à proximité. A l’issu de l’opération il semblerait que ce four soit une installation isolée, bien qu’il soit possible que d’autres structures aient été détruites lors de la réalisation du canal du Rhin en 1953/1956 ou que certains vestiges n’aient pas été conservés en raison de leur niveau d’apparition possiblement élevé, cela sur un terrain ayant été cultivé et labouré.
Ce four de briquetier est le premier exemple retrouvé dans le cadre d’une opération d’archéologie préventive en Alsace. Cette structure présente des similitudes avec le four à briques retrouvé peu de temps après à Huningue (2023) qui, lui, peut être daté des années 1680/1686.