Le projet d’aménagement d’un lotissement sur la commune de Meistratzheim, à l’adresse « Rue Allmendweg », a motivé la réalisation d’une fouille d’archéologie préventive sur une surface de 2 646 m², soit la moitié du projet. La fouille a permis de mettre au jour 338 faits archéologiques composés de cabanes excavées, silos, fosses, fosse polylobée, trous de poteau et fossé. Ce chiffre s’élève à 471 structures si l’on prend en compte les trous de poteau et aménagements liés aux cabanes excavées. Le site est donc très dense mais également multi-phasé (sept occupations différentes), ce qui a engendré de nombreux recoupements entre les structures (fig. 2), mais aussi beaucoup de mobilier découvert en position résiduelle ou intrusive.
Les premiers vestiges remontent au Néolithique moyen avec la découverte, dans le quart nord-est de la fouille, d’un fragment de céramique datant de la fin du Grossgartach voire du Planig-Friedberg (4745-4720 / 4585-4570 av. J.-C.), trouvé en position résiduelle dans une structure laténienne, et avec la mise au jour d’une fosse ayant livré du mobilier céramique typique du Bischheim Occidental du Rhin Supérieur (BORS) (4270-4210 / 4045-3920 av. J.-C.) (fig. 1).
Huit fentes (ou Schlitzgruben) datées très largement du Néolithique à la Protohistoire ont été mises au jour principalement dans le quart sud-est de la fouille. Malgré leur conservation relativement bonne, ces structures n’ont pas livré de mobilier ce qui n’a pas permis une datation plus précise.
L’âge du Bronze ancien n’est représenté que par quelques éléments mobiliers mis au jour en position résiduelle au sein de quatre structures plus récentes. Deux d’entre elles ont chacune livré un tesson de céramique pouvant être attribués au Bronze ancien, tandis que les deux autres ont livré des ossements humains qui ont pu être associés au Bronze ancien grâce à des datations C14.
Le site est véritablement réoccupé à partir de la fin du Bronze moyen / début du Bronze final (1400-1300 av. J.-C.) par un petit ensemble de neuf fosses principalement localisées dans le quart nord-ouest de la prescription, et témoignant de la présence d’un habitat sur ou à proximité de la fouille.
À la fin du Bronze final IIIb jusqu’au Hallstatt C/D1 (900/800-530 av. J.-C.), dix structures s’implantent dans le quart nord-est de la prescription et forment un petit habitat où diverses activités domestiques et artisanales ont été identifiées (élevage, meunerie, textile, peut-être poterie…).
La dernière occupation protohistorique, qui est la plus importante, est datée de La Tène A-B (475-275 av. J.-C.), voire possiblement de La Tène A2-B1a (450-375 av. J.-C.). Elle concerne 27 structures majoritairement mises au jour dans la moitié nord de la fouille, et organisées de manière concentrique autour d’un espace vide. La présence de cet espace vide central pourrait indiquer l’emplacement de bâtiment(s) et/ou zone(s) d’activité(s) dont il ne reste plus de traces aujourd’hui. Le mobilier mis au jour témoigne d’activités domestiques et artisanales menées sur le site ou ses abords (agriculture, meunerie, élevage du porc, textile, voire métallurgie ?), mais aussi du statut potentiellement privilégié de cet habitat.
Après un long hiatus, le site est massivement réinvesti à partir du Bas-Empire jusqu’au Moyen Âge (390-1300/1375 ap. J.-C.). Avec pas moins de 82 structures rattachées à cette longue période, il s’agit de l’occupation principale du site. La prédominance des cabanes excavées (au nombre de 40 ; fig. 3) et des silos permet d’interpréter ces vestiges comme une portion d’un quartier artisanal, où plusieurs activités étaient menées, notamment celles liées au textile, à la forge, à l’agriculture, à la meunerie et à l’élevage. L’interprétation comme quartier artisanal repose également sur l’absence totale de bâtiment domestique de plain-pied dans la zone fouillée. Cela signifie d’une part que l’habitat qui fonctionnait avec ce quartier doit se situer hors emprise, probablement sous le village actuel, mais également que cette zone a gardé sa vocation artisanale durant tout le Moyen Âge. Deux puits à eau équipaient également le secteur (fig. 4), au fond desquels des éléments en bois (fig. 5) ont été découverts et prélevés pour analyses dendrochronologiques. Enfin, un fossé orienté est-ouest structure l’occupation et marque sa limite nord.
L’époque moderne/contemporaine est représentée par 33 structures réparties sur l’ensemble de la prescription, sans doute liées aux pratiques agraires et/ou au parcellaire.
À ces différentes occupations s’ajoutent 35 structures attribuées de manière très générale à la période de la Protohistoire, faute de mobilier bien datant, et 129 structures et quatre chablis qui n’ont pas pu être rattachés à une période précise.