Le site du château de Kintzheim est localisé à la lisière sud du Bas-Rhin, à la limite avec le département du Haut-Rhin, à 4 km à l’ouest de Sélestat. Le château accueille la Volerie des Aigles, parc animalier touristique abritant diverses espèces de rapaces. Dans le cadre d’un projet de restauration du parement externe du mur bouclier, ainsi qu’à une partie du parement interne du mur sud, un diagnostic archéologique a été réalisé en 2022 par Archéologie Alsace. Ce diagnostic a engendré la prescription d’une étude archéologique du bâti sur une superficie totale d’environ 250 m² en élévation et d’environ 117 m² de terrassements concernant le parement externe du mur bouclier ainsi qu’une partie du chemin de ronde et du parement interne de la courtine sud. Les études archéologiques ont été, pour des raisons pratiques liées aux échafaudages, divisées en deux parties : la première a porté sur la courtine sud et la seconde portera sur le mur bouclier.
Le principal objectif de cette opération correspondait à approfondir les connaissances sur l’histoire architecturale de cet édifice. Pour cela, il a fallu préciser, grâce aux observations faites, la chronologie relative d’ensemble du château ou au moins de la partie étudiée ; proposer un phasage des élévations selon la stratigraphie des vestiges en rapport avec la construction initiale, les aménagements, les restaurations et l’abandon du site ; et établir des caractéristiques techniques, morphologiques et fonctionnelles des aménagements. L’ensemble de ces informations devait permettre de proposer une datation absolue des différents vestiges ainsi que leur phasage et de rétablir l’articulation fonctionnelle des élévations. Il s’agissait également, du mieux que possible, de mettre en évidence l’adaptation architecturale du château face au développement de l’artillerie.
En amont de la pose de l’échafaudage, l’équipe d’archéologues du bâti ainsi que les ouvriers de l’entreprise Chanzy-Pardoux (chargés des travaux de restauration) ont procédé au dégagement du pied du mur bouclier. Le retrait de la végétation et de l’excédant de terre a permis de mettre au jour, dans la continuité du mur bouclier (présentant un pendage et un appareil fait de grosses pierres de taille), la présence d’un autre mur, celui-ci constitué d’un appareil différent. Ce nettoyage réalisé en amont de l’étude archéologique complète de la deuxième partie prescrite laisse entrevoir deux phases de construction.
La première étape de l’étude archéologique a servi au nettoyage de la partie prescrite du chemin de ronde de la courtine sud. Ce mur de courtine est orienté est-ouest et la partie prescrite correspond à la partie supérieure comportant le niveau de sol du chemin de ronde, ainsi qu’une petite partie du parement interne de la courtine, mais excluant le parapet. En collaboration avec les ouvriers précédemment cités, le retrait de la végétation et de la terre a permis l’apparition des niveaux maçonnés les plus récents du chemin de ronde. Ces vestiges ont été enregistrés par le biais de photographies, descriptions, mesures et relevés. Les observations du bâti en place ont engendré le recensement de plusieurs ensembles de faits. Ainsi ont été observés le (ou les) blocage(s), la porte ouest, les vestiges de deux escaliers (un au niveau de la porte ouest et un second au centre de la partie étudiée), une réfection consistant en un sol en briques et les témoins de la présence d’un sol en dalles.
Ces divers ensembles de faits sont témoins des nombreuses réfections que la courtine sud semble avoir subi au cours du temps. La grande partie des éléments observés semble issus de réfections récentes desquelles ont été distinguées cinq phases d’aménagement. La première est en lien avec la construction et les suivantes relèvent de modifications et de réfections de l’architecture de la courtine.