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Accueil » Réalisations » Bergholtz (68) « Rue Neuve »

Bergholtz (68) "Rue Neuve"

La fouille de la motte castrale et du village associé de Bergholtz Rue Neuve s’est déroulée du 06 avril au 18 septembre 2023. Ce chantier, d’une emprise de 18 458 m2, a permis la mise au jour de nombreux éléments de l’occupation ancienne du village de Bergholtz. La commune n’avait jusqu’alors été que peu très touchée par l’archéologie. Aucun indice d’une présence pré ou protohistorique n’avait été mis en évidence. Quelques tessons du IIe siècle avaient été trouvés épisodiquement lors de l’extension des vignobles.
Pour la période médiévale, les sources écrites mentionnaient deux châteaux ou tours :

  • Le Stotzenturm doit son nom à la famille von Stotzheim, attestée autour de Guebwiller au XIIIe et XIVe siècle. Le château est abandonné avant 1572 et a disparu avant 1655.
  • Le Wamsturm n’apparaît qu’en 1456. Il est décrit avec « logis, donjon, porte, basse-cour et toutes ses dépendances et enclos », mais non localisé.

L’un d’eux (mais on ne sait pas lequel) est conservé dans le paysage sous la forme d’une motte castrale de 40 m de diamètre et de 4 m de haut au 32 rue de l’Église. On sait par ailleurs que l’ancienne église du village et son cimetière ont été déplacés en 1760. Leur emplacement initial est connu grâce à deux opérations archéologiques. La première conduite par K. Gutmann en 1901 (à l’intersection des chemins d’Orschwihr et de Gundolsheim) a mis au jour 11 sarcophages en grès datés de l’époque romane et des tombes en pleine terre dont le nombre n’est pas précisé. La seconde est un diagnostic réalisé par J. Koch au 34 rue de l’Église en 2000. Celui-ci a permis la localisation de l’ancienne église d’une largeur supposée de 5 m et d’une longueur de 15 m minimum. Elle est probablement datée du XIIe siècle. 5 inhumations dont une en coffre ont été mises au jour en périphérie de cet édifice. Les faibles dimensions de cet édifice ont fait dire à J. Koch qu’il s’agit d’une chapelle castrale.
Une carte du XVIIIe siècle, qui en copie une autre perdue du dernier tiers du XVIIe siècle, représente au nord de l’église, sur un tertre, une grosse tour crénelée aux angles en pierres de taille. À cette époque le Stotzenturm a déjà disparu, il ne peut donc s’agir que du Warmsturm. Si l’on en croit cette carte, il se trouvait à l’emplacement du diagnostic. Ce genre de représentation reste sujet à caution. La représentation de l’église ne correspond d’ailleurs pas à ce qui a pu être observé par J. Koch pendant son diagnostic.

L’occupation la plus ancienne observée sur le site est localisée dans la partie nord de celle-ci (fig. 1). Il s’agit de quatre maisons rubanées ainsi que de leurs fosses latérales. Cette occupation s’étendait sans doute au-delà de l’emprise de la fouille, vers le nord. Quelques éléments céramiques ont en effet été observés un peu plus au sud et à l’est. La forte densité de structures postérieures a sans doute occulté une partie de cette occupation.
Quelques indices d’une occupation romaine ont pu être mis en évidence sur le site. Il s’agit de deux sépultures très mal conservées ayant livré quelques tessons antiques. Ces deux sépultures pourraient se trouver en bordure d’un chemin. On note en effet la présence de petits fossés discontinus le long de la route actuelle qui ne sont pas datés à ce jour.
Le site est ensuite réoccupé à la période mérovingienne. Cette occupation comporte un petit groupe funéraire de 9 individus, répartis dans 5 tombes, localisées dans la partie centrale du site. Une seule de ces sépultures a livré du mobilier. Il s’agit de la tombe d’une femme enterrée avec ses bijoux (fig. 2). Ce petit groupe d’individus était probablement inhumé au sein de l’habitat. Un seul fond de cabane a pu être mis en évidence pour cette période, un peu au sud de l’ensemble funéraire. Mais la présence de structure d’habitat plus au sud (fonds de cabane et puits), sur le chantier de « Chemin d’Orschwihr », laisse supposer un site plus étendu que nous n’arrivons pas encore à cerner.
Le site est abandonné à la fin de l’époque mérovingienne avant d’être réoccupé de manière certaine aux alentours du XIIe siècle. Certains fonds de cabanes ayant livré du mobilier céramique à la datation large, il est possible que l’occupation du site reprenne plus tôt. Au XIIe siècle, on assiste à l’installation d’un village. Le site s’étire tout en longueur du sud vers le nord de part et d’autre d’un axe de circulation (fig. 3). La limite du site semble atteinte à l’ouest, mais il pourrait s’étendre davantage vers le nord et l’est. L’habitat est essentiellement caractérisé par la présence de fonds de cabane. On note également la présence de trois puits présentant une datation assez proche se répartissant du nord au sud du site. Plusieurs structures en creux évoquent un travail du feu, probablement de la métallurgie.
Quelques éléments céramiques des XIIe-XIIIe siècles ont pu être mis en évidence au sein de la motte castrale indiquant un premier état de celle-ci contemporain de l’installation du village. Il semblerait que ce premier état se caractérise par un fossé à l’emprise assez restreinte accompagné d’un bâtiment dont la géométrie n’est pas encore bien établie.
On note également pour cette période, la présence d’un bâtiment à l’architecture soignée, située hors emprise dont les pierres et les éléments de fenêtres (fig. 4) ont été rejetés dans le fossé 453 qui l’entourait sans doute initialement. Ce fossé de 6 m de large pour 1,90 m de profondeur localisé dans la partie sud-ouest du site enserrait une surface sans doute équivalente à celle de la motte castrale. Nous ne disposons d’aucun indice concernant la fonction de ce bâtiment.
À partir du XVe siècle, l’habitat change d’apparence. Il n’y a plus de fonds de cabane sur le site. Ils sont remplacés par des bâtiments de plain-pied sur soubassement en pierres sèches. Un grand bâtiment, d’une surface de 35 m² (fig. 5), qui se prolonge au sud en dehors de l’emprise de fouille, s’installe sur le fossé 453 comblé à la phase précédente (fig. 6). Ce bâtiment présente une construction plus soignée que les autres bâtiments présents sur le site. Il semble, de par sa localisation, posséder une fonction et un statut particulier.
On cerne mieux l’aspect de la motte castrale à cette période qu’à la précédente (fig. 7). Le bâtiment prend la forme d’une tour carrée de 8 m de côté aux murs épais d’1,80 m. Il est entouré par un large fossé, maçonné des deux côtés, présentant une largeur allant de 7 m de large à l’est jusqu’à près de 10 m sur sa partie nord-ouest.
Au XVIe siècle, la motte et le bâtiment 1, au sud-ouest de l’emprise, sont abandonnés. Il ne reste désormais que les bâtiments situés en bordure ouest du site dont l’installation perdure jusqu’au XVIIe siècle. Il est possible qu’à partir de cette période on se trouve davantage dans une exploitation fermière regroupant un ensemble de petits bâtiments d’exploitation que dans un village. On observe un déplacement progressif de l’occupation vers le cœur du village actuel. À partir de la seconde moitié du XVIIe siècle, le site est totalement déserté et le château tombe dans l’oubli.

Informations projet

  • Périodes représentées Néolithique, Antiquité, Moyen-Âge, Moderne
  • Surface 17297 m²
  • Phase terrain du 27 mars au 19 septembre 2023
  • N° d'opération 18129
  • Motif de l'intervention Aménagement d'un lotissement
  • Commanditaire SOVIA
  • Responsable d'opération Stéphanie GUILLOTIN
  • SRA SRA GE/Alsace, Nicolas PAYRAUD
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Fig. 1. Plan des vestiges mis au jour
Fig. 2. Détail des bijoux de la tombe 726
Fig. 3. Aquarelle d’évocation du site de Bergholtz « Rue Neuve » (A. Reiff)
Fig. 4. Exemples d’éléments de fenêtres trouvés dans le fossé 453 sous le bâtiment 1
Fig. 5. Vue aérienne du bâtiment 1
Fig. 6. Vue en coupe du fossé 453 surmonté du bâtiment 1
Fig. 7. Vue aérienne de la motte castrale en cours de fouille
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