Massacres collectifs au Néolithique à Bergheim et Achenheim 

Publié le 06/10/2025
De nouvelles analyses nous en disent plus sur l’identité des victimes

En 2012, le site de Bergheim, fouillé par ANTEA-Archéologie sous la direction de Bertrand Perrin, a permis la découverte des vestiges d’un massacre collectif tout à fait particulier : Une fosse Néolithique (cf. photo ci-dessous) datée entre 4300 et 4150 av. J.-C. a, en effet, livré les squelettes de huit individus (deux femmes et deux hommes adultes ainsi que quatre enfants) empilés les uns sur les autres et, directement en dessous, les restes de sept bras gauches amputés.

Une deuxième fosse datant de la même période a livré un dépôt comparable en 2016 à Achenheim lors des fouilles dirigées par Philippe Lefranc pour l’INRAP (cf. photo ci-dessous). Celui-ci regroupait 6 hommes adultes ainsi que 4 bras gauches amputés.

Tous les individus portaient des traces de violences extrêmes : os fracturés, impacts de flèches et coups d’épieu comme l’illustre ce cliché de Fanny Chenal de l’Inrap montrant ci-dessous des traces de violences sur humérus humain :

Ces deux découvertes sortent de l’ordinaire et sont marquées par une violence « excessive et inutile », également connue sous le nom de « sur-violence » ainsi que par la présence de membres supérieurs gauches coupés, cf. photo ci-dessous :

Un article publié très récemment dans la revue Science Advances a permis de présenter les résultats de nouvelles analyses réalisées sur les squelettes de Bergheim et d’Achenheim. Cette étude dirigée par la Dr. Teresa Fernández-Crespo, chercheuse à l’université de Valladolid (Espagne) et chercheuse associée à l’université d’Oxford (Royaume-Uni), en collaboration notamment avec Bertrand Perrin et Hélène Barrand-Emam d’Antea-Archéologie, a permis d’obtenir de nouveaux éléments concernant l’identité des défunts grâce à une analyse multi-isotopes novatrice. En analysant les isotopes stables du carbone, de l’azote et du soufre à partir du collagène osseux et dentaire, ainsi que les isotopes d’oxygène, de carbone et de strontium à partir de l’émail des dents, ils ont pu reconstituer leur régime alimentaire, leur origine sociale et géographique. L’étude a comparé ces « victimes » avec d’autres individus de la région qui avaient reçu des sépultures conventionnelles, appelées « non-victimes ». Des échantillons d’animaux et de plantes ont également été analysés pour établir une base de référence isotopique locale.

Les résultats révèlent des différences isotopiques significatives entre les victimes et les non-victimes. Les profils isotopiques des victimes suggèrent qu’elles ont connu une plus grande mobilité, une alimentation plus variable et un stress physiologique potentiellement plus élevé, ce qui indique un mode de vie sensiblement différent. Cela étaye l’hypothèse qu’il s’agissait d’étrangers.

Les conclusions montrent également des différences claires entre les squelettes complets et les membres coupés, en particulier au niveau des valeurs d’isotopes de soufre. Cela suggère que leur traitement différent peut être lié à leurs origines géographiques. Les membres supérieurs coupés présentaient des valeurs d’isotopes de soufre uniformément basses, qui correspondaient à celles des individus supposés non-victimes dans le nord de l’Alsace. Cela pourrait indiquer que ces individus provenaient de cette région. En revanche, la plupart des squelettes de victimes complets présentaient des valeurs de soufre plus élevées, compatibles avec une origine plus proche du sud de l’Alsace.

L’étude propose une interprétation saisissante : les membres coupés étaient des trophées pris sur des ennemis tombés au combat et rapportés au village pour être exposés publiquement. Les individus avec des squelettes complets, quant à eux, pourraient avoir été des captifs ramenés vivants pour être cruellement torturés et enfin mis à mort.

Retrouvez l’article en open accès : https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adv3162