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Découverte d’une sépulture de l’âge du Fer exceptionnellement conservée à Colmar (Haut-Rhin)

Le 24 juin 2021

Découverte d’une sépulture de l’âge du Fer exceptionnellement conservée à Colmar (Haut-Rhin)

Le mois dernier, dans le sud de Colmar, s’est achevée une opération de fouille archéologique réalisée par une équipe d’ANTEA-Archéologie.

C’est au cours de ces travaux qu’une découverte quelque peu inattendue a été effectuée. Lors de la fouille d’un fossé romain est apparue une fosse quadrangulaire, au sein de laquelle se dessinait un rectangle un peu plus sombre, bordé sur ses longs côtés de deux traces ligneuses (fig. A).

Fig. A

Il s’est rapidement avéré qu’il s’agissait en réalité d’une sépulture dont les éléments architecturaux en bois étaient conservés. Attribuée à la période du Hallstatt (Phase D1-D2), elle doit son état de conservation exceptionnel à la nature semi-marécageuse de la zone de fouille. Ainsi, l’eau que l’on peut apercevoir sur les photographies est en réalité la nappe phréatique remontant dans la fouille.

Fosse sépulcrale et architecture

Orientée selon un axe ouest-nord-ouest / est-sud-est, la fosse sépulcrale mesure environ 2,50 m de long pour 75 cm de large (fig. B).

Fig. B

Sur son fond repose le coffrage en bois destiné à accueillir le corps. Celui-ci se compose de plusieurs pièces. L’élément principal est une épaisse planche de chêne longue d’un peu plus de 2 m et large d’une quarantaine de centimètres dont les longs côtés ont été entaillés afin de recevoir deux planches, de la même essence, formant des parois. Le tout repose sur deux traverses réalisées dans un bois différent, mais dont l’essence exacte n’a pu encore être déterminée, même si sa couleur peut évoquer l’aulne.

À l’extrémité ouest, la mieux conservée, il semble que la planche du fond ait été amincie (fig. C).

Fig. C

Au centre de cet amincissement, un trou, entaillant en partie la traverse sous-jacente, accueille un élément de type piquet ou une cheville. Un aménagement similaire devait sans doute se trouver aussi à l’extrémité est de la structure, mais celle-ci est malheureusement moins bien conservée (fig. D) : seul le « fantôme » du piquet / cheville, repéré lors de la fouille, atteste de son existence. Une entaille, au contour irrégulier est aussi présente dans le plancher, à peu près au niveau de la traverse est.

Fig. D

Les éléments de couverture du coffrage n’étaient pas conservés sous la forme de bois gorgé d’eau comme le reste de la structure. Toutefois des traces noires à beige ont été observées au niveau d’apparition de la fosse, correspondant certainement au négatif de bois décomposé de cette couverture.

Défunt et parure

Le corps du défunt reposait sur dos, tête à l’est, les membres inférieurs en extension et les avant-bras ramenés sur l’abdomen (fig. E).

Fig. E

Les premières observations suggèrent que cet individu était un jeune adolescent dont le sexe n’est pas encore déterminé. Le crâne ne se situe plus exactement dans l’alignement du corps. Son emplacement initial correspondrait à l’entaille au contour irrégulier située dans le plancher du coffrage que nous évoquions précédemment. Il est possible que cette dernière ait été volontairement aménagée dans le but d’accueillir la tête du défunt.

Lors de son inhumation, l’individu portait plusieurs éléments de parure (fig. F) : deux bracelets  en lignite, portés au niveau des avant-bras et dont la forme, typique de cette période, a permis la datation de cette tombe (fig. G).

Fig. F

Fig. G

Sur l’un d’eux (le gauche), les fouilleuses ont observé la présence de zones concrétionnées (fig. G) pouvant correspondre à des restes de matières organiques, peut être textile et/ou de cuir. Au niveau des vertèbres cervicales du squelette, une cinquantaine de perles en ambre ont été retrouvées (fig. H et I). Elles devaient sans doute former à l’origine un collier.

Fig. H

Fig. I

De différentes formes et tailles (annulaires plates, annulaires cylindriques, tubulaires), l’une en particulier se distingue des autres par ses dimensions et par sa forme d’œuf. Elle devait probablement constituer l’élément central du collier.

Le prélèvement

En Alsace, la découverte d’une sépulture dans un tel état de conservation est exceptionnelle pour cette époque du premier âge du Fer. Seules deux tombes mises au jour dans les années 80 dans la nécropole tumulaire de Nordhouse (Bas-Rhin) ont également livré des éléments d’architecture en bois.

Afin de garantir la préservation dans les meilleures conditions possible de cette découverte, il a été décidé, en accord avec le service régional d’Archéologie, de faire appel à la société ARC-Nucléart, un groupement d’intérêt public, basé à Grenoble, sous l’égide du Commissariat à l’Énergie Atomique, spécialisé dans le prélèvement et la conservation des bois (et des cuirs) archéologiques.

Leur intervention, réalisée en collaboration avec l’équipe de fouille, s’est déroulée en deux temps. Des tranchées ont tout d’abord été réalisées à l’aide d’une pelle mécanique sur trois côtés de la structure. Puis, des bandes de polyéthylène ont été insérées sous le coffrage en bois afin de maintenir son intégrité lors du transfert (fig. J).

Fig. J

Une fois toutes ces lamelles en place, le bloc ainsi délimité comprenant le coffrage et les traverses ainsi qu’une partie du substrat a ensuite été transféré sur un brancard construit sur mesure. Le tout a enfin été levé et déplacé à la pelle mécanique et déposé « au sec » afin de procéder à son conditionnement dans un film étanche qui a ensuite été thermosoudé afin de maintenir l’hygrométrie constante jusqu’à la réouverture de l’ensemble (fig. K et L).

Fig. K

Fig. L

Ce dernier a enfin été chargé dans une camionnette (fig. M) pour être emmené dans les locaux d’Arc’Nucléart où l’objet a été irradié avec une dose de fongicide (afin de le « nettoyer » de toute moisissure potentielle) puis conservé dans l’attente de son étude prochaine par une équipe pluridisciplinaire comprenant les spécialistes d’ANTEA-Archéologie, d’Arc’ Nucléart et un xylologue.

Fig. M

Questions en suspens…

Il reste en effet encore de nombreuses interrogations au sujet de cette tombe auxquelles les futures études et recherches apporteront, nous l’espérons, des éléments de réponse. En voici quelques exemples :

  • Lors de la fouille, aucun indice suggérant la présence d’élément pouvant servir de parois transversales au coffrage n’a été mis en évidence. De plus, la présence de piquets/chevilles traversant le plancher à chaque extrémité du coffrage n’a jusqu’à ce jour trouvé aucune explication satisfaisante. On peut dès lors s’interroger sur les techniques de constructions, d’agencements et d’assemblages entre les différentes pièces de cette architecture funéraire.
  • Le caractère a priori isolé de cette sépulture pose aussi question. Durant cette période, les défunts sont en effet généralement regroupés au sein d’ensembles rassemblant jusqu’à plusieurs dizaines de tombes.

Quoi qu’il en soit, cette découverte apportera, sans nul doute, de nombreuses et nouvelles données dont certaines inédites sur les pratiques et l’architecture funéraires de la fin du premier âge du Fer en Alsace.