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À quoi servaient les céramiques d’Ittenheim, il y a 2500 ans ?

Le 28 janvier 2021

À quoi ont servi les céramiques d’un site archéologique ? Voila une question essentielle, à laquelle il est bien souvent difficile d’apporter une réponse. En effet, les aliments et les ustensiles en matières organiques (bois, osier, etc.) ont disparu. Les traces d’usure et les dépôts d’aliments carbonisés sont rarement décelés sur les poteries. Les analyses des résidus piégés dans les pores de l’argile sont encore peu nombreuses.

1. Un contexte idéal à Ittenheim Eselacker

Le site d’Ittenheim Eselackera livré une belle opportunité pour ce type d’étude. Deux structures ont accueilli les rejets d’un habitat du début du Premier âge du Fer (phase du Hallstatt C/D1, soit entre 800 et 550 av. J.-C). Elles contenaient 250 kg de tessons de céramique, soit plus de 1747 récipients !

La grande structure 106 résulte de creusements pour extraire le loess. Elle a été comblée par plus de 200 kg de fragments de céramiques du début du Premier âge du Fer (cliché : ANTEA-Archéologie)

2. Des types de récipients basés sur plusieurs critères d’identification

Une typologie a été construite, pour classer en 13 groupes les vases similaires dans leur morphologie, leurs dimensions et leurs caractéristiques de fabrication. Lors de ce travail, il est rapidement apparu que des traces d’utilisation apparaissaient de manière récurrente sur les récipients. Or ces traces semblent spécifiques aux types morpho-techniques identifiés ! On peut ainsi croiser plusieurs critères pour déduire la fonction des récipients. Il y aurait donc des pots à cuire (coloration de cuisson), des coupelles et jattes de service (stries d’abrasion), des pots à fermenter (éclatements de la surface), des entonnoirs pour filtrer du lait de chaux (dépôts blancs)…

Les petits pots globulaires (en haut) et les pots à cordon (en bas) portent à plusieurs reprises des limites nettes de coloration sur leur surface interne (moitié gauche des dessins). Cela indique probablement qu’ils ont servi à cuire des aliments immergés, la limite étant celle du liquide remplissant le récipient (images : M. Philippe)

Une immersion dans les pratiques alimentaires

Que mangeaient nos ancêtres ? En comprenant à quoi ont servi les récipients, on découvre petit à petit les pratiques alimentaires des hommes et des femmes qui ont vécu aux portes de Strasbourg il y a plus de 2500 ans. Certains aliments étaient vraisemblablement bouillis dans des pots assez grossiers, de dimensions moyennes. Les boissons fermentées, comme la bière, semblent avoir tenu une place importante. Les grands pots dédiés à leur préparation sont décorés de motifs polychromes ou enduits de graphite pour briller comme du métal. Les aliments liquides étaient probablement servis dans de petites coupelles individuelles, très fines et également enduites de graphite. De grands plats, richement décorés de motifs polychromes, servaient peut-être à la présentation des aliments solides (fruits et légumes, galettes de céréales, ou autres).

Coupelle abrasée tout le long de la lèvre. Les coupelles portent de nombreuses stries et plages d’abrasion, indiquant qu’elles étaient beaucoup manipulées (cliché : M. Philippe)

 

Les résultats de ce travail seront très prochainement diffusés auprès de la communauté scientifique lors du colloque BECAP 2021 (BElgrad Conference on Archaeological Pottery), qui se tiendra en ligne les 1er et 2 février prochains. Le poster intitulé « Crossing manufacturing and use-alteration traces on vessels: Contribution to a functional typology in Alsace at the dawn of the Iron Age » sera présenté dans ce cadre par Marie Philippe, lundi 1er février 2021 à 16h20. Les communications seront retransmises en direct sur les médias du BECAP Conference :

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